Note de lecture · 4 / 20

Soleil noir : Petits poèmes pour l’éternel amant

de Yvette Revellin

Lecture
Danielle Eyango
Durée
5 min
Longueur
1 127 mots
Visuel : Soleil noir : Petits poèmes pour l’éternel amant
Ma note de lecture de « Soleil noir : Petits poèmes pour l’éternel amant » d’Yvette Revellin, publié aux éditions Fondation AfricAvenir International — photo

… Ma note de lecture du » soleil noir » d’Yvette Revellin, publié aux éditions Fondation AfricAvenir International. « … Je viens de rêver que je tombais dans un puits, un puits sans fin… je tombais et ma chute n’avait pas de fin. Des cercles blancs se refermaient autour de moi… je tombais… je tombais… l’angoisse m’a réveillée et c’est là qu’elle est arrivée comme une voleuse, à pas de velours : l’absence… et les murs se sont mis à hurler : demain, il ne sera plus là… et les murs me menaçaient… et dans le noir de la nuit quelques mots brillaient : il ne sera plus là… l’absence a la couleur des ciels d’automne, gris, pesants, ces ciels qui ne semblent présager que de mauvaises nouvelles… nous avons souvent regardé le ciel ensemble ; mais c’était le ciel d’été, cet embrasement de couleurs qui nous faisait dire qu’il faut être peintre pour traduire la beauté d’un tel spectacle. Ce ciel-là a la couleur de notre amour. Il éclatait de joie, il éclatait de vie. L’absence n’a pas de couleur. L’absence a la couleur de la mort » Il était une fois, une jeune Française qui fit la rencontre en mai 1968, d’un Prince venu du Cameroun. Une alchimie à la fois intellectuelle et spirituelle qui la marqua pour toute sa vie… « Je t’aime, Toi, Rivage inconnu, Rivage tant désiré, page à jamais inachevée, source de vie, source de mort ». Yvette Revellin n’a aucune prétention d’être écrivaine et encore moins poétesse. Son écriture est dépouillée, mise à nuit, déshabillée de toute estime même d’écriture… et c’est cela qui séduit et désarçonne. Yvette Revellin murmure; ce ne sont pas des crachats… aucune violence ici… ce sont des murmures intimes, intimistes… Yvette Revellin donc, murmure en ce que j’ai toujours baptisé des « jetés de textes », l’amour douloureux qui l’habite depuis 50 années. Cet amour qui l’a condamnée à ce qu’elle appelle « la grande vague noire », signifiant la solitude. Elle fait beaucoup référence aux vagues, à la mer, la pluie, l’océan… pour imager peut-être la distance géographique entre les origines de son Prince et les siennes, pour imager aussi… surement… les obstacles que leur amour n’a pas su braver… pour imager aussi… précisément…la Côte, la culture endogène de son Prince. « Je crains de nous voir séparés un jour » lui dira-t-il sur un ton prémonitoire… mais Yvette était certaine que rien ne viendrait écorcher leur amour… leur amour trop solide… leur fusion intellectuelle puissante… du moins le croyait-elle… Mais le Prince avait une vue sur la Mer que la Française n’avait pas… il venait de l’Eau, alors Il en connaissait les abysses… Il savait. « Je crains… » Ceci n’est pas un livre à lire avec la prétention de critiquer… « soleil noir » est un silence. Le silence d’une âme qui se sait habitée d’une solitude éternelle. Quand la Nuit frappe, on ne Lui hurle pas dessus, on n’exige pas alors le Soleil avec arrogance… on rentre dans sa case et on se couche. Silence. Il fait Nuit. Quand une âme pleure, on ne juge pas de l’objet de ses douleurs, on ne critique pas la syntaxe de ses cris, on ne dissèque pas la grammaire de ses grincements… on s’assoit près d’elle et on lui tient la main. Silence. Il fait Nuit. » … Ponda éwô Bulu bwa pô tè, o si bèn nyông’a bwambo… ja nà pî. Mwésé mwâ tomba… Bulu bo mèndè kaïsè bwambo bwa mwésé…Bulu bo si tôndi bwambo… ja nà pî », disait ma grand-mère. « … Parfois, la Nuit qui tombe n’a besoin d’aucune parole… fais silence. Le jour est déjà passé… la Nuit vient alors juger de chaque mot dit quand il faisait jour…la Nuit a horreur du bruit… fais silence. » Quand la Nuit frappe, on ne Lui hurle pas dessus, on n’exige pas alors le Soleil avec arrogance… on rentre dans sa case et on se couche. Silence. Il fait Nuit. Quand une âme pleure, on ne juge pas de l’objet de ses douleurs, on ne critique pas la syntaxe de ses cris, on ne dissèque pas la grammaire de ses grincements… on s’assoit près d’elle et on lui tient la main. Silence. Il fait Nuit. Petite fille, j’étais toujours frappée par Mohamed Ali coincé dans un coin du ring, subissant les assauts de son adversaire. Les poings levés pour protéger son visage, il ne luttait pas. Je demandais à chaque fois à mon père : » papa, pourquoi il ne lutte pas? Pourquoi il laisse toujours qu’on le coince dans le ring? »… l’adversaire s’épuisait et insultait alors Ali, tout gonflé de sa domination… puis au bout d’un moment quand il n’en pouvait plus, à bout de souffle, c’est alors là qu’Ali lui décochait une droite qui le pulvérisait sur le ring. Ali renaissait à chaque fois tel un phoenix… tel cet amour apparemment battu par la Mer de la Vie, apparemment condamné, et broyé dans l’Oubli … mais qui ne cesse de hanter l’Univers tel le spectre d’un soleil jamais effacé. Jamais enterré. Quand une âme pleure, on ne juge pas de l’objet de ses douleurs, on ne critique pas la syntaxe de ses cris, on ne dissèque pas la grammaire de ses grincements… on s’assoit près d’elle et on lui tient la main. Silence. Il fait Nuit. La Nuit qui est souvent présage d’un soleil d’éternité… On se trompe très souvent en « surfacturant » de recherche « typée » de style, ou d’analyse pompeusement pédagogique, des textes qui veulent simplement virevolter dans le vent avant de s’effacer aussi discrètement qu’ils ont été écrits, tels des pas sur le sable de la mer… Quand les oiseaux se cachent pour mourir… l’Antique Noblesse nous murmure alors de leur accorder en silence… la joie ô combien infime d’une dernière danse. « … Tu as été et resteras, le rivage inconnu, le rivage que je n’ai jamais atteint et pourtant… d’aucuns pourraient trouver étrange ou pathétique de clamer dans le vide un amour sans écho et pourtant…pourtant cinquante ans que cet amour m’habite, il habite mes jours, il habite mes nuits, il tourmente mon sommeil et éclaire mes jours, il m’étouffe et me donne le souffle vital, il est tempête et havre de paix, il est mon soleil noir et ma lumière… surtout ne pas perdre le fil de la merveille… » Lien vers notre précédente analyse littéraire: https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=2439954072840842&id=100004788180641 N.B : Je lis lentement, et au moins 3 fois un livre avant d’en produire l’analyse ou la note de lecture. C’est pourquoi mes analyses littéraires sont publiées en moyenne 1e fois tous les 02 mois. En rappel encore, je parle uniquement des livres que j’ai aimés. Notre prochain livre est un roman qui nous vient du Congo.

Note de lecture signée Danielle Eyango

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