« Quand les racines chantent » raconte le Chemin de Croix de Jasmine Yondo, qui doit expier de sa lignée, la malédiction qui la recouvre depuis la faute impardonnable de l’aïeule Nyakè, celle dont personne ne doit prononcer le nom.
A la lecture de mon manuscrit, et bien avant même qu’il ne soit édité, l’artiste peintre Tally MBOK a peint neuf toiles. Neuf. Toute une symbolique. Neuf toiles illustrant le périple de Jasmine dans ce premier tome.
A sa suite, Ray Ndébi, relecteur-traducteur-critique littéraire, a produit 9 magnifiques chroniques accompagnant chacun des 9 tableaux. Ces chroniques, publiées chaque dimanche sur la page facebook de Ray, tel un rendez-vous dominicain, dans le cadre de la campagne de promotion de mon roman « Quand les racines chantent », méritent à plus d’un titre, d’être présentées dans ce blog.
J’estime en effet, qu’elles cristallisent l’univers obscur de ma Muse, ainsi que le travail silencieux non seulement de Tally, de Ray mais de toute la task-force spéciale, qui a œuvré jour et nuit pour le succès que ce roman connait aujourd’hui.
Je cite ici : Khéops Kum, Tally Mbock, Pauline Ongono, Patrice Makèmbè, Rita Diba, Monique Ngo Mayag,
QUAND LES RACINES CHANTENT… roman de danielle eyango official
Comme pour « Le parfum de ma mère », son recueil de poĂ©sie, Dany Eyango a fait appel au peintre fou Tally Mbok pour rĂ©aliser ses couvertures et les toiles exprimant diverses Ă©motions de son Ă©criture…
Neuf stations en sont nĂ©es, et je vous emmène lĂ -bas, oĂą Jasmine vous espère…
Silence… Et il fit Nuit…
Station 1 : L’ÉLUE DES ENFERS
Qu’as-tu donc fait, femme des lumières, des bitumes et des bĂ©tons, pour te retrouver ainsi dans les tĂ©nèbres de Bonendalè aux pistes boueuses et inconnues de ta conscience…
Regarde, cette eau qui brĂ»le… tu dois y descendre, la dompter puis la ramener…
Pourquoi…
Si seulement on le savait… Mais elle, elle, elle le sait… Celle dont le pĂ©chĂ© est venu investir ton intimitĂ©, ton humanitĂ©, ta fĂ©minitĂ©… Celle dont le temps semble n’avoir de raison que toi…
Pauvre Jasmine… Qu’as-tu donc fait pour ĂŞtre l’hĂ©ritière attitrĂ©e de (…)… Non, personne ne doit prononcer son nom…
Mais dis-moi, Jasmine Yondo, est-elle neuve la bassine du puceau… Tu sais, les ancĂŞtres ne s’Ă©meuvent pas devant les rides… Les racines ne chantent pas devant la prĂ©tention… Oui, nue, seule, esseulĂ©e, ignorĂ©e de tout et de tous… Ainsi tu vas… Mais, attends… Sais-tu seulement ce qui t’attend… ce qui espère la fraĂ®cheur citadine de ta dĂ©licieuse chair…
Le village que mĂŞme le village craint, l’arrière-village qui fait frĂ©mir les totems les plus anciens… Et toi, avec juste ton « hypocrite, pervers en robe », cet abbĂ©… qui ose affronter le lion de Bonendalè… Sais-tu quel sort on rĂ©serve Ă la malĂ©diction…
Petite mère, viens… Les Ă©pines de la rose se sont retournĂ©es contre leurs pĂ©tales… Laisseras-tu faire jusqu’au bout…
Va, Jasmine, la rivière des ancĂŞtres attend… N’oublie surtout pas, si jamais tu en reviens, la bonne voie… au carrefour des jumeaux… Des larmes ou de la force, tu devras faire le bon choix… Et si jamais tu le fais, qu’est-ce qu’on te rĂ©serve… encore…
Retrouvez l’univers de Jasmine dans « Quand les racines chantent », disponible Ă la Fondation AfricAvenir International Ă Douala, ancienne route Bonaberi…
Silence, le dikindo passe…
#TheGhost
Muse : Danielle EYANGO
Peintre : Tally Mbock

QUAND LES RACINES CHANTENT… roman de danielle eyango official paru chez AfricAvenir, 2023…
Station 2 : L’OFFRANDE…
Qu’est-ce qui fait autant tressauter les fĂ©tiches et les totems de cet autel… Les Entrailles de l’enfer ont redoublĂ© d’activitĂ© et les cieux les plus tĂ©nĂ©breux sont de sortie… Il se passe quoi, Rokia…
Comment, mère, tes tourments en sont arrivĂ©s Ă te faire perdre la saveur des nuits du bel âge que tu portes…
Lucien ? Cet homme des chambrettes ? Ce typique Duala sans ambition qui squatte la mĂŞme chambre de l’antique maison familiale depuis le collège ? Le voilĂ , l’avenir que tu destines Ă ta fille ?
Rokia… Rokia… Rokia…
Ă€ qui est-elle, cette petite culotte oĂą se sont fraĂ®chement mĂŞlĂ©s sueur et sang… et pas n’importe quel sang… celui de la lune… Ah, ce diable de boconon en a la verge Ă l’horizon, rien qu’en humant l’irrĂ©sistible parfum de la fleur oubliĂ©e de Jasmine… Si seulement il pouvait la tenir, lĂ , tout de suite, loin des yeux de cette mère aveugle et son idiot de futur gendre…
Rokia… Rokia… Rokia…
Sais-tu que le cĹ“ur d’Abraham avait tremblĂ© et pleurĂ©… Sais-tu Ă quoi tu t’exposes toi-mĂŞme, en allant ferrer ton unique enfant aux geĂ´les des soumis, dans cet obscur couloir oĂą la conscience de soi est effacĂ©e de la mĂ©moire…
Oui, tu le sais… Mais sais-tu seulement qu’elle est encore plus maudite que tu ne l’es en ce moment prĂ©cis…
Sais-tu seulement que ton nom, dans sa vie, est Ă lui seul la pire de ses malĂ©dictions…
Rokia… Rokia… Rokia…
Si tu pouvais ouvrir tes yeux… toi qui veux une lignĂ©e pure sans soigner la lignĂ©e maudite dont tu descends… Le cĹ“ur d’une mère ne peut vouloir du mal Ă son propre enfant, que tu dis… Ton bien aveugle et Ă©goĂŻste est-il son bonheur… Cette « prostituĂ©e », « femme des diaboliques milliardaires », « tĂŞte du gang de catins » et autres, n’est-elle pas le reflet de ta nature…
Rokia, oĂą es-tu… J’ai peur, Rokia… Rokia, oĂą est passĂ© le soleil de ta vie… Le voilĂ que l’on glisse dans les calebasses aux esprits…
Et il fit Nuit…
Ce roman de Dany Eyango est disponible dans plusieurs points de vente… Pour plus de dĂ©tails, suivez et contactez la Fondation AfricAvenir International … Visuel en commentaire…
Peinture : Tally Mbok

QUAND LES RACINES CHANTENT, roman de danielle eyango official
Station 3 : LE DÉCHIREMENT…
Et voilĂ ce que tu deviens, Jasmine, le dĂ®ner des immondices… Tu sais Ă prĂ©sent que le chemin du paradis est tracĂ© et veillĂ© par les dĂ©mons des plus noirs… Les voilĂ , les racines de ton identitĂ©… Voici qu’elles te punissent d’avoir osĂ© revenir, toi qui les as souillĂ©es il y a longtemps, de ce que toi-mĂŞme ignores encore…
Rivière des ancĂŞtres… eaux qui mordez Ă pleines dents cette chair au prĂ©sent innocent, mais au passĂ© lourd de trahison, laissez-en un brin au maigre espoir de futur qu’il lui reste… Des rats amphibiens, par milliers, dĂ©vorant avec une rage vengeresse la foi Ă©trangère et l’ignorance prĂ©tentieuse, hurlent Ă en dĂ©chirer les tĂ©nèbres… Jasmine est dĂ©chirĂ©e…
Les herbes et les potions de Sita Iyo suffiront-elles cette fois… Le drap blanc restera-t-il pur, une fois maculĂ© de ce sang maudit avant mĂŞme la naissance de cette pauvre citadine abandonnĂ©e… Et la cuvette au puceau, de quelle couleur sera son eau de cette nuit…
Ă” pauvre Jasmine Yondo…
Ces chevilles qui tiĂ©dissent et durcissent pour que tu ne tombes pas… Combien de jours encore tiendront-elles dans ces mains protectrices… De qui sont-elles ces mains… Vas-y, Jasmine, vas-y, bats cette eau comme les premières femmes de ta lignĂ©e le faisaient… ExĂ©cute le nkumbĂ© ancestral avant de pĂ©rir… Oui, Jasmine, tu es en train de pĂ©rir et tu vas pĂ©rir… La plume de Dany Eyango ne peut rien pour toi, elle-mĂŞme ne souffre-t-elle pas de dĂ©gradation Ă mesure qu’elle trace la voie de ton inaccouchement… Mais comment espères-tu en naĂ®tre, toi qui ne peux plus faire naĂ®tre…
Toi dont toi-mĂŞme ne veux plus, pourquoi n’abandonnes-tu pas…
Le roman est disponible… Suivez la page de l’auteure pour plus d’information…
Jasmine doit Mourir…
Et il fit Nuit…

QUAND LES RACINES CHANTENT, roman de danielle eyango official
Station 4 : LA RENCONTRE
Et s’il vous arrivait de vous rencontrer, vous d’il y a des siècles, vous Ă l’origine de votre histoire, Ă l’origine de vos malheurs… car, les bonheurs, en fin de compte, sont la peau des malheurs… Juste une Ă©gratignure, et la nature dominante règne…
Pauvre Jasmine… tu Ă©tais encore plus belle, n’est-ce pas… plus forte et tĂ©mĂ©raire… Regarde-toi dans les yeux, quand tu sors du miroir de la forĂŞt… Regarde-toi, quand tu te parles, priant ton prĂ©sent de garder le silence, de ne faire aucun bruit, car elle arrive… Elle… la procession des morts… Ah oui, tu te rappelles Birago… Les morts ne sont pas morts… Tu n’y croyais pas… Tu Ă©tais alors trop vivante pour prendre ces lignes au sĂ©rieux… Et voici que tu les entends, voici qu’ils parlent, grondent, te sentent, les morts… Que fais-tu sur leur voie…
Pourquoi es-tu lĂ , alors que les morts viennent chercher le baobab tombĂ© la veille… Pauvre Jasmine… Ne bouge pas, Ă©coute ton passĂ©, ne tremble pas… Laisse-toi faire, car toi d’aujourd’hui ne saurais affronter ces vivants de la tombe… Mais tu n’y croyais pas… Tu meurs, de peur… Ta chair se dissout contre cet arbre, tes Ă©paules faiblissent, tes bras tombent et tes doigts abandonnent… Voici la bassine qui vient heurter la terre noire de Bonendalè… Le silence est trop vaste, Jasmine… Les morts ont entendu… ils s’arrĂŞtent… DĂ©sormais, ils te cherchent… Et ta chair, offerte aux vents, est un dĂ©lice… Rien ne peut maudire la mort… La mort ne craint rien…
Pauvre Jasmine Yondo… Pourquoi n’es-tu pas restĂ©e en ville Ă accuser les jalousies des collègues, les noirceurs des fĂ©tiches du voisinage, la fortune trop parfaite de ton fiancĂ©… Et voilĂ qu’on se remet Ă chanter… Entends-tu la petite voix que dĂ©jĂ les ancĂŞtres avant tes ancĂŞtres entendaient…
Maintenant, tu as raison d’avoir peur… Ils viennent, eux aussi, Ă ta rencontre…
Dany Eyango as-tu seulement idĂ©e du goĂ»t des racines…
Et il fit Nuit…
#TheGhost
Muse : Danielle EYANGO
Peintre : Tally Mbock

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Station 5 : LA SAINTE TRAHISON
Jasmine… Qu’as-tu bien donnĂ© Ă Sango Pata, ce prĂŞtre pĂ©tri de toute la puissance de Rome, pour qu’il vienne, de ses genoux lourds d’impuissance, marquer la terre ancestrale de Bonendalè… Mais tiens, il me rappelle JĂ©sus allant confondre les pierres prĂŞtes Ă dĂ©vorer la vie de cette « maudite »… Ah, tu rĂ©pètes si bien l’Histoire depuis la CrĂ©ation… L’Histoire et ses prĂ©cieuses trahisons…
Jasmine, ma fille…. Regarde ce Judas aussi innocent que son ancĂŞtre, convaincu que par cet acte, la prophĂ©tie sera… Mais quelle prophĂ©tie, si ce n’est le vide après ta vie de fruit sans racines… l’Ă©ternel vide oĂą tout hĂ©ritage est vain, puisque ta poussière est promise aux mille vents… Ă l’infini… Comme si aucun, pas mĂŞme celui de ton JĂ©sus, n’est disposĂ© Ă t’accueillir…
Voici justement ton JĂ©sus aux pieds de ma volontĂ©… Le voici implorant pour ta vie, pour que tu sois libre d’encore plus pavaner ta fortune… Dis-moi, Jasmine… Dieu est-il au courant de tout ceci…
Ah, NyambĂ©, crĂ©ateur de toutes choses, est-ce toi finalement Dieu… Celui-lĂ vers qui on se retourne quand on a perdu tout espoir, quand on n’a plus que soi pour tenir… Quand la science et la prière ont dĂ©montrĂ© au fil des fortunes et des lamentations Ă©puisĂ©es, combien elles sont sourdes…
Jasmine Yondo… voici JĂ©sus entrant Ă Bonendalè, non sur sa monture comme Ă JĂ©rusalem… mais sur ses genoux… Dieu, avais-tu prĂ©vu de devenir Ă nouveau NyambĂ©, tel que tu l’as toujours Ă©tĂ©… Ah, oui… demain, Ă l’aube suivant les trois prochains crĂ©puscules, nous irons le savourer, le premier vin, quand saigne le palmier de nos aĂŻeux… JĂ©sus, le fils de l’Homme, est de retour chez lui… C’est la voie que lui ont indiquĂ©e les interminables complaintes aux blancs cieux…
Quand les racines chantent, le soleil cède son royaume Ă la lune…
Maintenant, enfants des lunes, sortez… Laissez-nous seuls, mon nouveau frère et moi…
Et il fit Nuit…

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Station 6 : LA TRANSCENDANCE
Jasmine, aujourd’hui tes larmes sont de lave, cette nuit tu vas mourir… Tu dois mourir… Cette Ă©toffe immaculĂ©e qui t’attend dans les tendres mains dĂ©solĂ©es de Sita Iyo, aujourd’hui sera ton linceul…
Jasmine Yondo, meurs… je t’en conjure… Ne vois-tu pas que la terre de tes ancĂŞtres s’ouvre comme la gueule d’une panthère affamĂ©e… Souviens-toi de ce jour qui t’attend, tu l’as toi-mĂŞme tellement espĂ©rĂ©, qu’en songe il t’a offert son paysage gai d’enfants par milliers dans une cour dĂ©sormais Ă©panouie…
Tu sais que lĂ -bas, tu es sur le trĂ´ne de la Paix… Ă€ quoi bon remonter le fleuve infestĂ© de noirceur, si te laisser porter par le courant vers les abysses ne te demande aucun effort… Pauvre Jasmine… Mais… Mais pourquoi ne tombes-tu pas… Quelles sont ces mains qui te tiennent les chevilles… qui t’empĂŞchent de mettre fin Ă ce supplice…
Dis-moi, vers quelle lune montes-tu ainsi… Et ce halo, qu’est-ce… Tu es venue pour mourir, Jasmine, toi qui n’as plus d’humain que ta chair sans avenir, sans mĂ©moire, sans hĂ©ritage… Cette eau que tu harcèles de tes bras au rythme du nkumbĂ© ancestral, pourquoi ne la laisses-tu pas Ă la quiĂ©tude qu’elle a partagĂ©e avec Bonendalè avant toi…
Si cette nuit, la reine des eaux et ses servantes aux mains et cĹ“urs brĂ»lants n’ont pas raison de ta raison, alors tu ne mourras pas… et tu devras vivre avec la peur de toi-mĂŞme, Ă jamais… Ils sont neuf, Jasmine, les lemba… Djek’a Dibiè nous l’a rĂ©vĂ©lĂ©… Ils sont immortels, pas toi… et ta mère t’a abandonnĂ©e… et ton espoir t’a abandonnĂ©e… Voici que mĂŞme ta beautĂ© tant estimĂ©e t’a abandonnĂ©e…
Quel est donc ce cĹ“ur qui te tient et te transporte pour que tu retiennes prisonnières de tes douleurs, les mains fragiles de Danielle EYANGO… Monte, plus haut encore, puisque telle est ta voie… C’est bien mieux, les adversaires des ewusu n’en demandent pas moins… Cette eau sera aussi froide et dure que de la roche Ă ta chute…
Que nous fais-tu lĂ , Jasmine… C’est quoi ce halo qui grandit…

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Station 7 : LE FRUIT DEFENDU
Il y a bien longtemps, Jasmine, les voies de l’abbé Martin Samnick te l’ont appris, un serpent tout noir s’est glissé au jardin d’Eden et a offert à Eve de conduire son homme vers la nuit de la procréation… Oh mais quelle insulte alors à la création… Dieu n’était plus unique…
Aujourd’hui, le serpent est revenu, Jasmine… Et il t’attend, au cœur des eaux ancestrales ; mais il n’est pas venu seul, car seul il n’aurait pas pu te briser comme à la veille de la Damnation… Regarde, il est avec ses pairs, les écailles acérées et la colère noircie par des générations de traque… Ils t’ont trouvée et ils t’attendent… Tu es à présent Eve… défendue tu es, ton fruit ne doit donc pas naître…
Jasmine Yondo, tu mourras cette nuit…
Tes entrailles seront plus que jamais asséchées… Ils battront ton sein avec leurs queues rouges de ton sang comme tu battras les eaux rouges de ta malédiction… Mais… Où est-elle, Jasmine… Où est ta mère… Celle dont tu implores la présence, à l’image de ton Jésus qui avait, au pic de la souffrance, hurlé aux cieux l’abandon de son père… Il était à la croix, comme toi dans ces eaux, interdit… Pourquoi ta mère serait-elle donc à tes côtés…
Pauvre maudite, te voici mère – fille – petite mère… Trinité écartelée dans la nuit de Bonendalè… L’issokoloko, qui déjà au temps de Moïse chantait, entonne pour toi le chant de l’identité… Qui es-tu, toi qui oses fouler de ton pied noir la propriété du jengu… Qui es-tu, toi l’interdite, toi que personne ne doit regarder dans la nuit, toi dont même les lemba, maudits parmi les maudits, craignent la chair… qui es-tu pour oser profaner la lune des vivants…
Jasmine, descendante de la lignée des maudites viscérales… tu dois mourir… cette nuit..
Et il fit Nuit…
#TheGhost
Muse : Danielle EYANGO
Peintre : Tally Mbock

QUAND LES RACINES CHANTENT, roman de danielle eyango official
Station 8 : LA TRINITÉ INTERDITE
Ici… elle est formelle, ta conscience doit s’Ă©teindre… Il lui faut s’installer dans ta volontĂ© et te mener Ă tous ses enfers possibles… Jamais, alors jamais, tu ne verras de vie qui soit tienne, personne d’autre qu’elle ne t’aura Ă sa disposition… Chaque pas, si ce n’est elle qui te l’inspire, ce sera la mort… OĂą tu iras, ce sera toujours avec elle… DĂ©sormais, tu es son ombre… Et elle ne marche que de nuit…
LĂ -bas… Les neuf, racines noires de ta terre natale, se sont jurĂ© que ton horizon ne serait qu’une attente dĂ©solĂ©e, un espoir infini qu’aucun dieu ne viendrait rĂ©aliser… Sais-tu seulement que bien avant ta naissance, quand l’idĂ©e d’être mère n’avait mĂŞme pas encore fait son chemin dans l’esprit de ta grand-mère, ton sein avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© enterrĂ© sous le grand baobab, et ton lait offert Ă ceux qui n’ont jamais connu ni naissance ni mort…
Ailleurs… Tu as Ă©tĂ© bannie, bien avant d’avoir pu prendre conscience de ta famille… Aux contrĂ©es les plus reculĂ©es, il a Ă©tĂ© dit ceci : « Quiconque prononcera le nom de la malĂ©diction sera encore plus maudit qu’elle, et avec lui les siens Ă l’infini »… VoilĂ ton histoire proscrite, Ă tel point que le mal peut sĂ©vir en plein jour et ĂŞtre bĂ©ni… Plus rien ni personne ne veut de toi… Qui es-tu d’ailleurs, toi dont la ligne ne s’est pas inscrite sur le majestueux torse du jengu Ă ta naissance… Es-tu jamais nĂ©e…
Jasmine… Jasmine Yondo… Pourquoi viens-tu te battre… La Mère, la Terre et le Maudit-Esprit te tiennent et tiennent à toi…
Jasmine, tu dois Mourir…
Rendez-vous sur le site de l’Ă©diteur pour plus d’information sur les points de vente et l’achat en ligne… https://editions.africavenir-international.org/…/quand…/
Et il fit Nuit…
#TheGhost
Muse : Danielle EYANGO
Toile : Tally Mbock

QUAND LES RACINES CHANTENT, roman de danielle eyango official …
Station 9 : LE NOUVEL ORDRE
Alors, voici où nous en sommes… Jasmine Yondo, par quel tour de force une influence spirituelle aussi nulle que toi, réussit à reconfigurer l’ordre établi par les ancêtres… Ceux qui ont quatre yeux avaient pourtant prévenu Janéa, il l’avaient mis en garde… « Ne laisse pas cette citadine hautaine et sans futur fouler le sol de Bonendalè » avaient-ils soufflé, terrifiés, à son oreille dont le parfum ne leur était plus celui de la forêt et des eaux, de la terre et des racines… Désormais, du puissant, roi émanent des fragrances irrespectueuses de la pureté des champs…
Jasmine, jamais l’eau et la forêt ne s’étaient défiées… Les dieux communiaient à la frontière où la danse des éléments était harmonieuse, là où le jengu, racine incontestable de la communauté, désigné par Nyambé créateur de toute chose, repose sa majestuosité… Les ewusu et les lemba ne partageaient pas le même jour, bien que se croisant par la chair sous le même soleil… Et le prêtre, ce fidèle Sango Pata, ne volait pas d’arbre en arbre loin des dimes et des offrandes, à la chasse au lion et au rat…
La rivière des ancêtres ne coule plus de sa paix… Tu y as ramené des douleurs encore jamais éprouvées, des bêtes que même la forêt sait ne pas engendrer… Par le carrefour mawasa, tu as fait venir une morte… Jasmine, tu as ramené au présent un passé proscrit… Pourquoi n’es-tu pas simplement restée à ta place, dans cette vie misérable qui allait si bien à ta condescendance…
Plus que jamais, fille de Nyakè Rokia, tu dois Mourir…
Il est des fois, comme celle-ci, où la mort vient à la vie sans l’arrêter… La malédiction installe son chaos…
Retrouvez ce roman ici, pour commander en ligne >> https://editions.africavenir-international.org/…/quand…/
Et il fit Nuit…
#TheGhost

